26 octobre 2018
Éléments de langage et mensonges par omission

vendredi 26 octobre 2018

Même sous la présidence de De Gaulle, de janvier 1959 à sa démission en avril 1969, jamais la communication du président, du gouvernement et de la majorité n’a été aussi manipulatrice. Il y eut sous De Gaulle 10 ministres de l’information, et deux dans les gouvernements Mesmer sous la présidence de Pompidou. Giscard, lui, le « libéral », supprima le ministère de l’information, mais il modifia les lois de la presse.

Celles-ci, dans la lignée du programme du CNR, étaient conçues « afin d’assurer … la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’état, des puissances d’argent et des influences étrangères ». Avec Giscard, toutes les lois protégeant le pluralisme de la presse disparurent, donnant aux « puissances d’argent » l’occasion de reconstituer des groupes de presse idéologiquement et financièrement hégémoniques. En même temps, l’Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF) fut démantelé, ouvrant la perspective d’un marché libéral privé dominé par les 500 familles et les groupes de publicité.

Dans ce contexte, on comprend le rôle des éléments de langage préparés par les politiciens et leurs communicants : on les retrouve en 5 colonnes à la une (presse écrite), en boucle dans les chaînes d’information en continu, les radios et les télévisions, sans oublier la répétition par les réseaux sociaux et le net. Mais en quoi consistent ces éléments de langage ? Prenons deux exemples.

D’abord, on le sait, il y a 300 000 propositions d’emplois sans candidat retenu. Mais il y a 6 millions de chômeurs et de précaires. Même si ces emplois étaient tous pourvus, cela ne réglerait pas la crise du chômage qui débuta en 1974. Ensuite, la fraude sociale (travail non déclaré par l’employeur) génère une perte de 20 milliards par an pour la sécurité sociale. En même temps, les indemnités journalières (IJ) de l’assurance maladie ont un taux de fraude de 0,017  %, soit un montant insignifiant. Sur ces deux exemples que fait le gouvernement ? Il parle des emplois non pourvus et lance une étude sur les IJ indues.

L’information frelatée, c’est le « viol des foules ». C’est un abus de pouvoir, c’est le contraire de la démocratie.

Michel Perraud (ingénieur retraité ; militant CGT)


© La Marseillaise – 2018.