03 août 2018
Donner au capital ce que l’on prélève sur le travail ?

vendredi 3 août 2018

Chaque année, l’hebdomadaire Challenges publie un dossier sur les 500 plus grandes fortunes en France. En 1996, la somme de ces fortunes était de 80 milliards d’euros. En 2018, donc en 23 ans, cette somme a été multipliée par 8,125. La principale question que devraient se poser toutes les personnes résidant en France et ne faisant pas partie des 500 familles est donc la suivante : d’où vient cet accroissement de fortune exceptionnel ?

C’est une question déterminante. En effet, un simple calcul d’intérêts composés montre qu’il faut un taux de croissance de 10 % par an pour que les 80 milliards d’euros deviennent 650 milliards en 23 ans. Or, dans le même temps, le Produit Intérieur Brut (PIB) de la France n’a augmenté en moyenne que de 2,92 % par an. Chaque année, La croissance de la richesse des 500 familles est de 10 %, quand celle des richesses nouvelles créées n’est que de 2,92 %. La part du capital dans le PIB grossit donc au détriment de celle de la rémunération des salariés qui inclut, on doit s’en souvenir, les cotisations sociales qui financent la sécurité sociale, les caisses de retraites complémentaires et l’assurance chômage.

Une majorité de femmes et d’hommes exprime par son vote ou par l’abstention le refus des politiques libérales. Pourtant, celles-ci persistent à prétendre que l’enrichissement des 500 familles permettra le retour de la croissance et la fin du chômage. C’est une contre-vérité ridicule : le chômage ne diminue pas et la précarité augmente. Une personne sur quatre, ayant de 16 à 64 ans et cherchant du travail, est sans emploi ou précaire.

Les victimes des politiques libérales le comprennent bien : elles savent que sans l’intervention de l’état, sans les services publics et sans la sécurité sociale, la société française court au désastre. On le voit dans les sociétés nationales en cours de privatisation, dans les hôpitaux et les services publics gérés comme des start-up (Parcoursup est une preuve de plus que l’intelligence artificielle peut devenir une bêtise réelle). Il est temps de se convaincre que l’action commune pour une société décente peut l’emporter. Il nous faut le vouloir et nous le pourrons.

Michel Perraud (ingénieur retraité ; militant CGT)


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