27 juillet 2018
Exécutif jupitérien et polices parallèles

vendredi 27 juillet 2018

Dès 1958, De Gaulle avait cautionné, ne serait-ce que par omission, des organisations aussi contestables que le Service d’Action Civique (SAC) et les Comités de Défense de la République (CDR), officines politiques qui s’attribuaient des prérogatives policières. De même, le patronat le plus réactionnaire n’hésitait pas à cautionner une prétendue organisation syndicale, la Confédération Française du travail (CFT), qui faisait régner la délation et la terreur dans les usines, avec le soutien évident du management et de la maîtrise. En mars 1977, un commando CFT attaque un piquet de grève. Un coup de feu part, un militant CGT est tué[1].

L’excès de pouvoir personnel se traduit par des pratiques policières inacceptables. Maurice Papon, préfet de police de Paris, est le responsable de la répression de la manifestation du 17 octobre 1961, organisée par les travailleurs algériens (au moins 100 morts, 200 disparus). Le même Papon récidive le 8 février 1962 en lançant les forces de l’ordre contre les manifestants réunis à l’appel des syndicats et partis de gauche contre l’OAS et contre la guerre d’Algérie. Huit morts au métro Charonne, des centaines de blessés.

L’affaire Benalla n’est pas qu’un fait divers. C’est une vérification de cette vérité de tous les temps : le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument. Dès que l’équilibre des pouvoirs est rompu, dès les contre-pouvoirs sont récusés, les bases de la démocratie s’effritent. Il y a, chez Macron, une part indéniable de mégalomanie quand il se compare à Jupiter, quand il veut affaiblir le pouvoir législatif, quand, fidèle à son idéologie libérale, il embauche des supplétifs de sécurité.

Mais Macron va plus loin : il veut mettre en place des règles constitutionnelles qui rendraient légitimes de tels débordements, au nom de la monarchie élective et du primat de l’exécutif. Du coup, il ne suffit pas que Macron reconnaisse que Benalla a pété les plombs ou que Valls ne veuille pas porter atteinte à la fonction présidentielle. Au contraire, retrouvons des parlementaires responsables devant les citoyens et un exécutif responsable devant le parlement. Soixante ans, ça suffit !

Michel Perraud (ingénieur retraité ; militant CGT)


© La Marseillaise – 2018.
Notes complémentaires après publication

[1] Dans son entrée Confédération des syndicats libres, Wikipedia écrit : « Dans la nuit du 4 au 5 juin 1977, aux Verreries mécaniques champenoises à Reims, un commando tire sur les grévistes. Le militant CGT Pierre Maître meurt le lendemain, deux autres cégétistes sont gravement blessés. Quatre des cinq hommes du commando, arrêtés par la police, sont adhérents à la CFT. Alors que manifestations rassemblent des dizaines de milliers de personnes en hommage à Pierre Maître, l'organisation abandonne le nom CFT pour se rebaptiser Confédération des syndicats libres ».