02 mai 2018
Individualisme et néolibéralisme contre progrès social

mercredi 2 mai 2018

L’espèce humaine est composée d’individus, mais elle a survécu parce qu’elle faisait naturellement partie des animaux grégaires. Les tribus d’Homo Sapiens, sortirent d’Afrique pour émigrer vers l’Europe, y rencontrer d’autre Homos grégaires, les Néanderthaliens et cohabiter avec eux au point de mélanger nos ADN.

Ces tribus de chasseurs-cueilleurs étaient en état de migration continuelle à la recherche des ressources alimentaires. Puis, comme dit Jean-Jacques Rousseau, « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile ». La sédentarisation eut pour conséquence la division des sociétés en classes, notamment le pouvoir temporel des propriétaires armés, la caste des sorciers et celle des travailleurs réduits en esclavage.

En Europe, ces structures sociales évoluèrent peu. L’esclavage laissa la place au servage. À partir de la fin du Moyen-âge, le capitalisme naissant chamboula les rapports de production. La dépendance personnelle du système féodal fut remplacée par la subordination contractuelle du travailleur vis-à-vis de son employeur. Mais les propriétaires s’emparèrent de l’individualisme afin de diviser les travailleurs qui leur étaient subordonnés.

Faisant de l’individualisme la base de l’économie de marché à concurrence non distordue, niant l’existence d’intérêts prétendus communs, les propriétaires du capital tentèrent d’interdire à la fois les syndicats et les garanties collectives (Loi Le Chapelier, juin 1791)[1].

Être individualiste aujourd’hui, c’est croire que l’idéologie néolibérale est la solution à tous les problèmes, mais c’est faux. La concurrence transforme les êtres humains en marchandises, ainsi que leur santé, leur culture, l’énergie, les ressources naturelles ou les transports, etc. La gestion commune des biens communs, c’est ça, le vrai progrès social.

Michel Perraud (ingénieur retraité ; militant CGT)


© La Marseillaise – 2018.

Notes complémentaires après publication

[1] La loi Le Chapelier votée le 14 juin 1791 complétait la loi votée par l'Assemblée Constituante connue aujourd'hui sous le nom de décret d'Allarde. Ce décret confirmait la suppression des corporations féodales imposée par un édit de Turgot. La loi Le Chapelier en rajoutait une couche, interdisant les accords collectifs, les garanties minimales, les publications et les attroupements. En voici quelques citations :

  • « Les citoyens d'un même état ou profession … ne pourront, lorsqu'ils se trouveront ensemble, … former des règlements sur leurs prétendus intérêts communs. »
  • « Si … des citoyens attachés aux mêmes professions … faisaient entre eux des conventions tendant à n'accorder qu'à un prix déterminé le secours de leur industrie ou de leurs travaux, lesdites délibérations et conventions … sont déclarées inconstitutionnelles, attentatoires à la liberté et à la déclaration des droits de l'homme, et de nul effet … »
  • « Tous attroupements composés d'artisans, ouvriers, compagnons, journaliers, … seront tenus pour attroupements séditieux, … ils seront dissipés par les dépositaires de la force publique, … et punis selon toute la rigueur des lois … »