24 avril 2018
Bien comprendre la loi sur le secret des affaires

mardi 24 avril 2018

Il y a une contradiction extraordinaire entre, d’une part, l’idéologie dominante, et d’autre part, la loi sur le secret des affaires. Quelle est cette contradiction ? L’idéologie dominante prétend que le meilleur système économique est le néolibéralisme dont le fondement est l’économie de marché à concurrence libre et non faussée, sans syndicat et sans service public. Mais cette concurrence libre et non faussée suppose que tous les acheteurs et tous les vendeurs prennent des décisions rationnelles.

Pour cela, l’idéologie néolibérale a conçu un Homo Œconomicus bidon qui peut prendre des décisions rationnelles car il sait tout sur le passé, tout sur le présent et ses pronostics sur l’avenir sont justes à 100 %. Pour y arriver, l’Homo Œconomicus doit tout savoir. Au contraire, la loi sur le secret des affaires autorise les entreprises à cacher toutes leurs magouilles (les contrôles bidons de niveau de pollution des voitures) leurs fraudes (travail dissimulé, fraude fiscale, paradis fiscaux), les ententes illicites, etc. Leurs turpitudes secrètes recevront l’absolution.

Nous ne savons pas tout du passé et du présent et nos pronostics sont généralement faux. La préoccupation des marchands est que notre décision ne soit pas rationnelle. Ils veulent nous cacher des choses. C’est pourquoi la publicité stimule nos désirs, pas notre raison. La loi sur le secret des affaires que viennent de voter les majorités néolibérales de l’Assemblée Nationale et du Sénat veut que les consommateurs avancent les yeux fermés. Mais cette loi permet au capital d’optimiser ses profits en ne craignant plus les lanceurs d’alerte, les représentants du personnel, les syndicats, les ONG et les pouvoirs publics.

Les capitalistes et le reste de la population ont bien des intérêts opposés. Cheminots, personnel soignant, chômeurs, précaires, retraités, étudiants, le 1er mai, renforçons la convergence de toutes nos luttes.

Michel Perraud (ingénieur retraité ; militant CGT)


© La Marseillaise – 2018.