03 avril 2018
Fantasmes et réalité historique

mardi 3 avril 2018

Le documentaire de Patrice Duhamel diffusé sur France 5 dimanche dernier était censé parler de Mai 68. Mais si personne ne peut nier le rôle joué par Daniel Cohn-Bendit, par Romain Goupil et par Alain Geismar pendant les mois de mai et juin 1968 dans les universités et les lycées, il est exagéré de dire qu’ils étaient les « protagonistes principaux » du plus grand mouvement social ayant eu lieu en France depuis la Libération.

On doit au contraire retenir que les « protagonistes principaux » furent Jacques Sauvageot pour l’UNEF, Georges Séguy et Benoît Frachon pour la CGT, Eugène Descamps pour la CFDT, et Abraham Behar au moins autant qu’Alain Geismar pour le SNES-Sup. Sans ceux-là, à Paris et en province, les manifestations unitaires du 13 mai 1968 conduisant à la réoccupation de la Sorbonne et aux prémices du mouvement de grève avec occupation n’auraient pas eu lieu.

Bien sûr, Cohn-Bendit avait un bagou pas possible, comme Goupil, comme Geismar. Mais ils étaient surtout connus pour leur opportunisme pragmatique : à tel point qu’aujourd’hui ils soutiennent Macron et toutes les politiques néolibérales US et européennes. De fait, si changer d’avis était une preuve d’intelligence, on devrait les classer dans la catégorie des surdoués.

Les révoltes étudiantes ont eu lieu partout dans le Monde. Mais il y a une particularité française : le 13 mai 1968 unitaire a renforcé, d’une part, le mouvement de la jeunesse étudiante et lycéenne, et d’autre part, le mouvement de grève avec occupation des travailleurs. La volonté générale était nettement anticapitaliste.

Après 40 ans de néolibéralisme brutal responsable du chômage de masse, après les effets tragiques de la financiarisation mondialisée qui laisse le pouvoir au capital au détriment des hommes et des femmes de tous âges et de toutes conditions, il n’y a qu’une seule réponse : la mobilisation unitaire pour le bien commun. Le 3 avril, on continue, tous ensemble.

Michel Perraud (ingénieur retraité ; militant CGT)


© La Marseillaise – 2018.