27 mars 2018
Souvenirs de 1968

mardi 27 mars 2018

On connaît par cœur la phrase de Marx qui commence Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, analysant le putsch à l’origine du Second Empire bonapartiste : « Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d'ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce ». La farce bonapartiste allait durer de 1852 à la débâcle de septembre 1870.

Il y a 50 ans, j’étais président de l’UNEF démissionnaire et Jacques Sauvageot me succédait, son élection formelle devant avoir lieu le 25 avril 1968. Je dis ça parce que les faits qui se sont déroulés dans les universités et notamment à la fac de droit de Montpellier sont très inquiétants. Cette attaque par un groupe d’hommes de mains contre une A.G. étudiante réunie après la manifestation du 22 mars me rappelle évidemment certains épisodes que j’ai connus.

Ainsi, à Nanterre, il y eut des attaques de commandos de nostalgiques de l’OAS et de L’Algérie « française ». Il en fut de même à la Sorbonne, le 2 mai 1968 quand les locaux de la FGEL-UNEF furent incendiés. C’était une raison supplémentaire pour l’UNEF et les organisations politiques d’étudiants d’organiser le meeting de la Sorbonne du 3 mai 1968 contre lequel le doyen Roche autorisa l’expulsion des étudiants par les forces de l’ordre. Avec la suite que l’on connaît.

À la fac de droit, les nervis et le doyen furent pathétiques : ils furent les pyromanes qui voulaient éteindre un incendie. Dès 1965, nous avions pris le Plan Fouchet de transformation de l’Université pour une tragédie. La réforme Macron de l’Université, qui associe sélection et privatisation, est l’une des nombreuses farces néolibérales commencées dès la fin des années 1970. Mais comme le plan Fouchet – enterré par Mai 68 – le plan Macron doit être combattu : on ne doit pas réduire la culture et l’intelligence à des marchandises relevant de l’économie de marché et du capital.

Michel Perraud (ingénieur retraité ; militant CGT)


© La Marseillaise – 2018.