05 décembre 2017
Réflexions sur le « bug » de la SNCF gare Montparnasse

mardi 5 décembre 2017

Dimanche dernier, le réseau de la SNCF a été bloqué pendant plusieurs heures à la suite d’un « bug » informatique dans les systèmes de contrôle de la sécurité du trafic et des voyageurs. L’arrêt des TGV sur les réseaux Ouest et Sud-Ouest était une nécessité : c’était le seul moyen d’éviter les télescopages de trains qui auraient été tragiques. Mais la quasi-totalité des médias s’efforce de ne pas répondre à la question la suivante : comment a-t-on pu en arriver là ? Résumons l’argument développé par les médias : C’est la faute de l’état patron, incapable de gérer correctement une entreprise. Bigre, ces médias oublient l’histoire des chemins de fer en France.

Regardons d’abord en face cette vérité : en France, la SNCF a été créée en 1937 parce que toutes les sociétés privées de chemins de fer étaient en quasi faillite dès 1920. Leurs dettes cumulées – 37 milliards de francs 1936 – sont évaluées aujourd’hui à plus de 2718 milliards d’euros d’après le convertisseur Insee, soit près de 120 % la dette publique de la France d'aujourd'hui. Or, la SNCF a pu traverser la guerre – et son cortège de destructions massives – la reconstruction, l’électrification du réseau et du matériel roulant grâce à son personnel, du cheminot à l’ingénieur, tous dévoués au service public.

Mais, à partir des années Pompidou-Giscard, les décisions furent prises par des politiciens, et pas n’importe lesquels : des néolibéraux ! Au nom de « l’économie de marché à concurrence non distordue », une nouvelle couche de dirigeants – financiers, commerciaux, managers – a voulu « rationaliser » les chemins de fer : à coups de filialisations, d'externalisations et réductions d’effectifs, pourtant passés de 467 200 à 146 623 entre 1945 en 2016.

L’avenir de la SNCF, ce n’est pas donner le fret aux poids-lourds et les voyageurs à OUIBUS. Les accidents, les déraillements et les « bugs » ont une cause commune : l’absence de politique industrielle !

Michel Perraud (ingénieur retraité ; militant CGT)


© La Marseillaise – 2017.