Union Syndicale des Travailleurs de la Métallurgie de l'Hérault
Négociation des rémunérations annuelles garanties (RAG) 2013
Les positions de l'USTM CGT 34
Mise à jour : 27 juin 2015, 6:56:04
Introduction

Ce dossier a été établi afin de mettre en évidence les enjeux de la négociation des rémunérations annuelles garanties de la convention collective non cadres de la métallurgie pour les départements de l'Hérault, de l'Aude et des Pyrénées Orientales.

Comme nous le savons tous, l’INSEE annonce, d’une part, que le pouvoir d’achat des salaires a diminué en 2012, et d’autre part, que le taux de chômage a augmenté. Ces deux informations confirment ce que ressentent tous les salariés, les retraités et les privés d’emploi :

L’idée qu’il suffit de mettre en œuvre des plans d’austérité est stupide : on nous affirme que c’est indispensable pour redresser les finances publiques (diminuer le déficit budgétaire), pour rembourser la dette publique. Or, ce n'est pas ce qui se passe dans la réalité : l'austérité de l'État, c'est-à-dire la baisse des dépenses de l'état, ce sont des fonctionnaires non remplacés, la stagnation des rémunérations de ceux qui restent, la diminution des projets de travaux publics et de subventions aux entreprises. L'effet immédiat de ces restrictions, c'est la baisse de l'activité économique qui pousse les entreprises à supprimer des emplois : Moins de TVA, moins d'impôts, moins de cotisations sociales. Alors :

Qui détient les créances sur l’état français ? D’après les études de spécialistes, les principaux créanciers seraient : les banques centrales, des fonds souverains (organismes financiers publics. En France, par exemple, la caisse des dépôts et consignations), des assureurs, des banques commerciales, et des fonds de pension (caisses de retraite par capitalisation, notamment anglo-saxonnes). Autrement dit, des institutions financières. 70 % des créanciers de l’état français sont des « non résidents ». Une autre information intéressante (Patrick Artus, le gourou de l’économie de la banque Natixis, dit que : « les trois pays les plus gros détenteurs de la dette française sont les Iles Caïman, le Luxembourg et le Royaume-Uni », soit trois paradis fiscaux. En réalité, la dette publique, c’est la vampirisation des états par les institutions financières au profit de leurs propres actionnaires et de leurs gros clients.

Dans le système capitaliste, la logique économique est simple à comprendre : les entreprises embauchent quand elles ont quelque chose dans leur carnet de commandes. Elles ont un carnet de commande quand il y a une demande solvable, c’est-à-dire un pouvoir d’achat distribué aux consommateurs (qui se trouvent être à plus de 90 % des salariés ou leurs ayants droit, ou des bénéficiaires du salaire socialisé : retraites, assurance maladie, allocations familiales, assurance chômage).

Au contraire, la hausse des impôts (dont une part de plus en plus importante est utilisée pour payer les intérêts de la dette publique) et la baisse des cotisations sociales provoquent la diminution de la demande solvable, donc des carnets de commandes qui se vident, donc des suppressions d’emplois.

Il n’y a donc aucune raison de donner la priorité à l'emploi sur le salaire ou l'inverse et il n'y a aucune contradiction à demander en même temps des augmentations de salaires et la création de nouveaux emplois. Au contraire, puisque les deux revendications sont liées :

Plus de pouvoir d'achat  Plus d'emplois

Ce dossier aborde les questions fondamentales suivantes :

Coût de la vie, pouvoir d'achat, salaire direct, salaire socialisé
La qualification professionnelle
Les bases d’une politique des salaires minis garantis par la convention collective
La négociation annuelle obligatoire dans l’entreprise
La protection sociale tout au long de la vie
Les documents d'information pour la mobilisation
L'enquête salaires dans la métallurgie de l’Hérault

La place des syndicats et sections syndicales CGT de la métallurgie de l'Hérault – ainsi que de leurs adhérents – est déterminante pour l’amélioration et l’utilisation du matériel d'information (affiches, tracts) destiné aux salariés. Ce dossier contiendra, au fur et à mesure de leur achèvement, tous les documents disponibles.

Coût de la vie, pouvoir d'achat, salaire direct, salaire socialisé

1 – Sociétés primitives : groupes, clans, tribus

C'est une loi du règne animal : la survie du groupe — et, à l'intérieur du groupe, la survie de chaque individu — est conditionnée par une dépense d'énergie [1] que certains des individus consacrent à la recherche des éléments nécessaires à la reproduction continue du groupe. Naturellement, cette reproduction pérenne du groupe s'accompagne des naissances et des décès des individus. Il y a donc dès le départ une dimension collective à cette reproduction de la puissance de travail. Les grands singes — dont font partie toutes les branches ayant conduit à la formation de l'espèce humaine et en particulier nos ancêtres les Néandertaliens et les Cromagnons — ont vécu et n'ont survécu qu'en groupe. L'humanité — bien avant la sédentarisation nécessaire au développement de l'agriculture dès qu'elle fut inventée — vivait, se déplaçait et survivait en groupes. Connaissant maintenant un peu mieux la préhistoire et l'anthropologie, on sait que, par exemple, le droit de propriété n'a rien de naturel et des groupes humains existent encore aujourd'hui sans droit individuel de propriété, non pas parce qu'il a été supprimé, mais parce qu'il n'a encore jamais existé dans de telles sociétés. Jean-Jacques Rousseau, dans le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes a bien représenté, symboliquement, la période au cours de laquelle le droit de propriété est devenu un droit supposé naturel : « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile ». L'individu mythique de Jean-Jacques Rousseau aurait créé le droit « naturel » (donc, pas si naturel que çà !) de propriété et les bases de la société moderne.

Les formes de propriété collective persistèrent longtemps, y compris en Europe. Cependant, les études les plus récentes font état, dans les premières formes de sociétés d'un évènement majeur : l'invention des méthodes de conservation des aliments, notamment les céréales. L'appropriation privée semble bien avoir commencé par les aires de stockage, les silos naturels ou bâtis, etc. Il en serait résulté une première forme de société inégalitaire conduisant à la division de la société en classes et à l'émergence d'un pouvoir de police. Socle sur lequel a été construit l'État, cette police primitive avait pour but la stabilité intérieure (maintien de la hiérarchie entre les classes du clan) et extérieure (protection contre les incursions venant d'autres clans). L'ébauche d'une société de classes et l’embryon d'État accélérèrent probablement l'appropriation individuelle des terres cultivables (moyen de production), parachevant ainsi l'organisation de la division de la société en classes.


On retiendra que :

  • Les êtres humains sont grégaires : ils sont prédisposés à vivre en groupe.
  • La survie du groupe est collective.
  • C'est l'utilisation de la puissance de travail à l'échelle du groupe qui génère les ressources nécessaires à la résolution des besoins pour la reproduction du groupe et de sa puissance de travail.
  • Contrairement à ce que dit la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, il n'y a pas de « droits naturels et imprescriptibles, inviolables et sacrés ».

2 – Troc et échange, naissance de la monnaie et de la marchandise

Au sein du groupe (clan ou tribu), la division technique du travail conduit à la spécialisation en métiers. Agriculteurs, éleveurs, artisans troquent une partie de leur production (au-delà de la part de cette production consacrée à leur propre usage) avec les autres afin d'obtenir les produits dont ils ont besoin tant pour leur consommation que pour l'exercice de leur métier. De la même manière commencent les échanges entre tribus. Mais la naissance des échanges n'annule pas les razzias, les conquêtes, la colonisation, la mise en esclavage des populations conquises qui n'ont pas été exterminées[2].

Progressivement, les échanges se structurèrent au sein du groupe aussi bien que dans les relations inter-groupes. Cette véritable révolution a abouti à plusieurs phénomènes majeurs :

L'évolution des sociétés humaines a donc traversé des étapes historiques déterminées à partir de la première révolution : la sédentarisation. Celle-ci a engendré les conditions de l'appropriation privée des terres cultivables. Il en résulta le partage de la valeur ajoutée entre, d'un côté, le peuple travailleur qui créait cette valeur et d'un autre côté, les propriétaires qui accaparaient la rente foncière. La marchandisation de la production, et son corollaire, l'échange à travers la médiation d'un équivalent monétaire, sont les conséquences nécessaires de l'appropriation privée de la terre. Enfin, une transformation décisive des sociétés humaines est née à la fois de l'accumulation primitive des richesses par les propriétaires fonciers et de l'évolution des modes de production. Cette transformation conduit à la disparition progressive des formes historiques de subordination (esclavage et servitudes féodales) et à la naissance d'une nouvelle forme de subordination : le travail salarié.


On retiendra que :

  • Sans travail, il n'y a pas de valeur ajoutée.
  • La valeur ajoutée créée par le travail est répartie arbitrairement entre les propriétaires des moyens de production et le reproduction de la puissance de travail.
  • Les travailleurs, créateurs de la valeur ajoutée, sont maintenus en état de subordination vis-à-vis des propriétaires du capital. Cette subordination, évidente avec les statuts d'esclavage et de servage, reste évidente pour le salariat même si elle n'apparaît qu'au détour d'une décision de la cour de cassation qui confirme le fait.
  • Le capitalisme lui-même a connu des mutations : capitalisme marchand, qui permettait notamment d'armer les navires des expéditions maritimes ; capitalisme industriel qui , à partir du travail quasi artisanal à domicile, s'est transformé en unités de production rassemblées, les manufactures, au sein desquelles le machinisme a pu se développer au rythme des inventions technologiques ; capitalisme financier, dont les transactions ont de plus en plus à voir avec les marchés spéculatifs des matières premières, des titres de propriétés du capital (marché d'occasion), des assurances et des dettes publiques, et dont la part dédiée au crédit des entreprises apparaît de plus en plus secondaire (création d'actions nouvelles ou emprunts obligataires) [4] .

[1] On remarquera que, pour les sciences physiques, énergie et travail sont synonymes. Allons plus loin : le travail – ou l'énergie – est égal à la force multipliée par la distance parcourue ou, ce qui revient au même, l'énergie est égale à la puissance multipliée par le temps. C'est donc l'expression puissance de travail plutôt que force de travail qu'il faudrait utiliser, la puissance de travail multipliée par le temps donnant l'énergie dépensée.

[2] Comme on le sait, ces pratiques ont traversé les siècles : les guerres féodales, les croisades et l'esclavage ont régressé mais n'ont pas disparu. De plus, les moyens de domination coloniale ont persisté sous forme de néo-colonialisme et de visées impérialistes. De fait, la création d'organisations internationales politiques (l'ONU, le conseil de sécurité, les organisations régionales telles que l'union européenne) s'est accompagnée d'organismes a vocation monétaire – le Fonds Monétaire International, (FMI) – ou libre-échangiste – l'office mondial du commerce (OMC), la commission européenne – qui, sous couvert de globalisation-mondialisation, assurent la pérennité des politiques impériales.

[3] Pour qu'une grandeur soit mesurable, il faut qu'on puisse en définir une unité et les opérations d'addition et de multiplication par un scalaire, ce qui n'est évidemment pas le cas de la valeur d'usage. On peut, certes, définir la valeur d'usage comme une variable aléatoire et dire que cette valeur d'usage a une valeur moyenne. On peut même ajouter que la valeur moyenne est équivalente au prix moyen du marché. C'est même la base de l'idéologie libérale (l'utilité des néolibéraux est l'équivalent de la valeur d'usage). Mais il faudrait, pour pouvoir calculer cette valeur moyenne, soit connaître l'ensemble des valeurs d'usages attribuées à un bien par tous les acheteurs potentiels, à un instant déterminé, et admettre qu'à cet instant chaque acheteur potentiel a une connaissance de toutes ces valeurs d'usage des demandeurs et des offreurs. Ou bien, on retient la réalité : le vendeur fixe son prix et en fonction de celui-ci, l'acheteur achète (ou n'achète pas) une quantité donnée. Et alors, il n'y a pas d'équilibre entre l'offre et la demande (sauf hasard). Fonder une théorie économique comme le libéralisme sur une loi d'équilibre de l'offre et de la demande qui est peu probable, c'est de l'idéologie pure !

[4] Contrairement aux discours des néolibéraux décrivant les politiques de globalisation-délocalisation de la production comme un phénomène nouveau de la période actuelle, il s'agit d'une évolution qui avait déjà été mise en évidence dès 1848 en termes très modernes. Jugez par vous-mêmes :

« Poussée par le besoin de débouchés toujours plus étendus pour ses produits, la bourgeoisie envahit le globe entier. Il lui faut s'implanter partout, exploiter partout, établir partout des relations. Par l'exploitation du marché mondial, la bourgeoisie a donné un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Au grand désespoir des réactionnaires, elle a enlevé à l'industrie sa base nationale. Les vieilles industries nationales ont été détruites et le sont encore chaque jour. Elles sont supplantées par de nouvelles industries, dont l'introduction devient une question de vie ou de mort pour toutes les nations civilisées, industries qui n'emploient plus des matières premières locales, mais des matières premières venues des régions les plus lointaines, et dont les produits se consomment non seulement dans le pays même, mais dans toutes les parties du globe. A la place des anciens besoins, satisfaits par les produits nationaux, naissent des besoins nouveaux, réclamant pour leur satisfaction les produits des contrées et des climats les plus lointains. A la place de l'ancien isolement des provinces et des nations se suffisant à elles-mêmes, se développent des relations universelles, une interdépendance universelle des nations. Et ce qui est vrai de la production matérielle ne l'est pas moins des productions de l'esprit Les œuvres intellectuelles d'une nation deviennent la propriété commune de toutes. L'étroitesse et l'exclusivisme nationaux deviennent de jour en jour plus impossibles et de la multiplicité des littératures nationales et locales naît une littérature universelle. »

(Karl Marx et Friedrich Engels, Le Manifeste du parti communiste, 1848, traduction française par Laura Laffargue – 1893).

« … se développent des relations universelles, une interdépendance universelle des nations ». Le moins qu'on puisse dire, c'est que le Fonds Monétaire International (FMI), l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), la Commission Européenne et la Banque Centrale Européenne (BCE) n'ont rien inventé !